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Comment parler du racisme aux enfants ? Visite de l’exposition « Aux Origines » au Musée de l’histoire de l’immigration en famille

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Pour notre dernière sortie culturelle en famille avant la rentrée, nous avons choisi de visiter l’exposition « Aux origines. Regards croisés sur le racisme et les discriminations », présentée au Musée national de l’histoire de l’immigration, au Palais de la Porte Dorée, du 5 juin au 23 août 2026.

Notre principal objectif, en visitant cette exposition, était de donner à nos filles des clés pour comprendre le racisme et les discriminations qui peuvent en découler, leur permettre de comprendre comment les préjugés se construisent, comment les regards se transmettent et comment certaines représentations finissent par produire des inégalités bien réelles.

L’exposition s’intéresse, en effet, à la manière dont les représentations façonnent notre perception de l’autre. Qui est représenté ? Comment ? Qui raconte l’histoire ? Qui regarde ?

Le parcours est construit autour de cette idée. Il confronte des œuvres contemporaines à des données issues des sciences sociales et notamment du projet européen UNDETERRED, consacré aux mécanismes de discrimination dans différents domaines de la vie quotidienne.

Parler du racisme avec ses enfants : pourquoi et comment ?

Fin 2023, Le Palais de la Porte Dorée a lancé le réseau des Musées engagés contre les discours de haine. Ce réseau qui compte aujourd’hui une cinquantaine de membres s’engage à « développer des expositions et des parcours qui abordent de front racisme, antisémitisme, discriminations ou mémoires sensibles, en les reliant aux histoires locales et aux expériences vécues ». Une initiative qui vise particulièrement les jeunes, notamment les élèves. Le but : « que chaque élève dans sa scolarité visite un lieu d’histoire ou de mémoire consacré à ces sujets ».

Dans cette perspective, le Musée met à disposition des visiteurs des ressources pédagogiques  qui permettent d’approfondir ces sujets avec les enfants. En effet, l’exposition « Aux Origines » nous a rappelé quelque chose d’important : les représentations commencent à se construire très tôt. Le Musée de l’histoire de l’immigration avait d’ailleurs conçu pour Aux origines un parcours spécialement destiné aux enfants à partir de 8 ans, pour les aider à explorer les mécanismes du racisme et des discriminations.

Il ne s’agit donc pas de leur faire porter les problèmes du monde. Il s’agit plutôt de leur apprendre à les nommer, à reconnaître un stéréotype, à questionner une représentation, à comprendre qu’une différence n’est pas une hiérarchie.

Pour approfondir la réflexion autour du racisme, n’hésitez pas à visiter l’exposition permanente. Un guide pédagogique sur l’histoire de l’immigration pour les 8-12 ans est disponible à l’entrée du musée et téléchargeable ici.

Haïti au cœur d’une réflexion sur le racisme

Nous avons été agréablement surpris de découvrir quelques figures familières au cœur de cette exposition. Voir Toussaint Louverture ou Anténor Firmin et la révolution haïtienne au milieu d’œuvres invitant à questionner le regard porté sur l’autre et ses conséquences sur discriminations contemporaines, permet donc de faire un lien entre histoire et présent.

William Adjété Wilson : raconter l’histoire autrement

Dès l’entrée de l’exposition on peut admirer les tentures perlées et pailletées de William Adjété Wilson, représentant les Négriers et la traite des esclaves ainsi que Toussaint Louverture et la révolution haïtienne.

C’est une œuvre qui attire d’abord par ses couleurs, les perles, les paillettes, des matières que nous associons immédiatement à Haïti, notamment à l’art du drapo vodou. Mais cette profusion de couleurs raconte aussi une histoire violente : celle de la traite transatlantique, de l’esclavage et de la révolution haïtienne.

L’artiste a travaillé à partir de dessins qu’il a fait réaliser en Haïti, notamment par les artisans de l’atelier Valentin Valris à Port-au-Prince, selon une technique associant perles de verre et paillettes fixées sur la toile.

Le choix de représenter Toussaint Louverture est particulièrement fort dans le contexte de cette exposition car il permet de déplacer le regard. Là où beaucoup de représentations historiques montrent les personnes esclavisées et leurs descendants principalement comme des victimes, il s’agit ici de les montrer comme sujets et acteurs de leur trajectoire.

Hamedine Kane : Une cabane contre les frontières

Parmi les œuvres qui m’ont particulièrement marquée, il y a aussu Home to Home, « de maison en maison », de l’artiste et réalisateur sénégalo-mauritanien Hamedine Kane. L’installation ressemble à une petite cabane en bois. Mais cette cabane est en réalité une bibliothèque, un espace de lecture et de transmission.

Des livres, des dessins, des archives, des textiles, des gravures et différents objets y sont réunis. L’œuvre fonctionne comme une cartographie personnelle des idées et des rencontres intellectuelles de l’artiste. On y retrouve notamment les voix de James Baldwin, Richard Wright, Chester Himes, Edward Saïd, Kateb Yacine, Maryse Condé, Sylvia Wynter ou encore Anténor Firmin.  

Pour lutter contre les préjugés, il faut aussi multiplier les récits, faire entrer dans nos bibliothèques des auteurs, des penseurs et des personnages qui ont longtemps été absents des récits dominants. Le Palais de la Porte Dorée décrit d’ailleurs Home to Home comme une « bibliothèque habitée », un espace de transmission et de circulation des idées.

Une œuvre qui résonne particulièrement avec les expériences migratoires et diasporiques : que signifie appartenir à un endroit lorsque l’on a plusieurs maisons, plusieurs langues, plusieurs héritages ? Et surtout, qui décide de l’endroit auquel nous sommes censés appartenir ?

Quelques pistes pour prolonger la discussion à la maison

Après une exposition comme Aux origines, on peut poursuivre la conversation avec les enfants très simplement :

  • Pourquoi certaines personnes sont-elles représentées d’une certaine façon dans les livres, les films ou les publicités ?
  • Qu’est-ce qu’un stéréotype ?
  • Peut-on avoir un préjugé sans s’en rendre compte ?
  • Quelles histoires de personnes noires, caribéennes, africaines ou afrodescendantes avons-nous dans notre bibliothèque ?
  • Quelles personnes de notre histoire avons-nous envie de mieux connaître ?

Pour compléter la liste d’ouvrages proposée par le Musée autour de l’exposition :

Le racisme, Astrid Dumontet, éditions Milan, à partir de 6 ans

Le petit livre pour dire NON au racisme et à l’antisémitisme, Marion Joseph, éditions Bayard Jeunesse, à partir de 7 ans

Le Racisme expliqué à ma fille, auteurs : Tahar Ben Jelloun et Marzena Sowa, Illustratrice : Hélène Le Cam, Ed. Seuil Jeunesse (9-12 ans)

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