Il y a quelques jours, j’ai eu l’opportunité d’assister à une rencontre passionnante organisée par Maison d’Haïti en collaboration avec Haïti Futur autour d’un sujet essentiel : « Entreprendre et innover dans les pays fragiles : quel rôle stratégique pour les diasporas ? »
La conversation, animée par Roseline Dieudonné, accueillait comme invité principal Marc Alain Boucicault, entrepreneur social et fondateur de BANJ. Une intervention riche, lucide et inspirante sur les défis, mais aussi les possibilités, liés à l’entrepreneuriat en Haïti et dans les pays confrontés à l’instabilité.
Repenser les bases d’une économie fragilisée
L’un des grands questionnements de cette conférence était le suivant : Comment redéfinir les bases d’une économie détruite ? Et surtout : quel leadership faut-il construire pour générer un modèle durable de prospérité ?
Dans des contextes fragiles comme celui d’Haïti, entreprendre ne consiste pas seulement à lancer une activité économique. Il s’agit aussi de participer à la reconstruction d’un écosystème entier : infrastructures, confiance, formation, accès aux financements, innovation et vision collective.

Marc Alain Boucicault a insisté sur la nécessité de bâtir des modèles solides fondés sur :
- la crédibilité,
- la visibilité,
- l’exécution,
- l’impact,
- et la capacité à produire des résultats mesurables.
Autrement dit, il ne suffit plus d’avoir de bonnes idées : il faut créer des structures capables de durer et de transformer concrètement la société.
BANJ : créer un écosystème pour les entrepreneurs haïtiens
La conférence s’est également appuyée sur l’exemple de BANJ, structure fondée par Marc Alain Boucicault.
Le mot Banj, qui signifie « génie » en créole haïtien, symbolise parfaitement l’ambition du projet : révéler le potentiel créatif et entrepreneurial d’Haïti.
BANJ accompagne les entrepreneurs grâce à :
- des espaces de travail modernes,
- des événements de networking,
- des programmes d’incubation,
- et un accompagnement structuré destiné à transformer des idées en entreprises viables.
Dans un pays où les innovateurs doivent souvent faire face à des défis logistiques, techniques et financiers majeurs, cette initiative agit comme un véritable catalyseur.
Au-delà du soutien aux startups, BANJ contribue surtout à bâtir un environnement plus favorable à l’innovation.
La diaspora : de l’aide à la création de richesse
L’un des moments les plus marquants de cette rencontre concernait le rôle de la diaspora.
Pendant longtemps, la diaspora haïtienne a été perçue principalement comme une source de soutien financier pour les familles restées au pays. Mais selon Marc Alain Boucicault, il est aujourd’hui nécessaire d’aller plus loin et de changer de paradigme.
L’idée centrale :
la diaspora ne doit pas seulement “aider”, elle doit participer à la création de richesse.
Cela suppose plusieurs transformations importantes :
- renforcer le pouvoir économique et politique des diasporas,
- mieux s’organiser collectivement,
- investir dans des projets structurants,
- et contribuer au développement d’un véritable écosystème entrepreneurial.
Cette vision est particulièrement intéressante car elle replace la diaspora comme un acteur stratégique du développement et non uniquement comme un soutien d’urgence.
S’engager autrement, même à distance
Autre point fort abordé durant la conférence : il n’est pas nécessaire de vivre en Haïti pour contribuer à son développement.
L’engagement peut prendre différentes formes :
- le mentoring à distance,
- les conseils stratégiques,
- le partage de compétences,
- le financement ciblé de formations,
- ou encore le paiement d’outils utiles comme des cours en ligne ou des abonnements internet.
Cette réflexion ouvre des perspectives concrètes pour de nombreuses personnes de la diaspora qui souhaitent agir mais ne savent pas toujours comment s’impliquer de manière durable et efficace.
Construire des synergies pour l’avenir
Enfin, la conférence a rappelé une idée essentielle : aucun entrepreneur ne peut réussir seul dans un environnement fragile.
Le développement d’un pays repose sur la capacité à créer des synergies entre :
- l’État,
- les universités,
- les entrepreneurs,
- les investisseurs,
- le secteur privé,
- et la diaspora.
C’est précisément cet écosystème collectif qui permet l’émergence d’innovations durables et la création d’opportunités économiques réelles.
Une discussion nécessaire et porteuse d’espoir
Cette rencontre m’a particulièrement marquée car elle proposait une vision du développement centrée sur l’innovation, la collaboration et la construction à long terme.
Dans un contexte où les discours sur Haïti se concentrent souvent uniquement sur les crises, entendre parler de solutions, d’écosystèmes entrepreneuriaux et de leadership apporte une perspective différente, plus constructive et tournée vers l’avenir.
Une chose ressort clairement de cette conférence : les diasporas ont un rôle stratégique majeur à jouer dans la transformation économique et sociale de leurs pays d’origine, à condition de penser cet engagement autrement, dans une logique de transmission, d’investissement et de création de valeur durable.





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